Affichage des articles dont le libellé est Entretien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Entretien. Afficher tous les articles

21.3.21

[ ENTRETIEN ]


Formé à Leeds en 1980 par le trio Rodney Orpheus, Paul Dillon et Andy Booth, THE CASSANDRA COMPLEX est une formation mêlant punk rock et musique électronique. Joy Division, rencontre Ramones qui croise Kraftwerk. Actuellement le duo Orpheus, Booth compose le groupe rejoint depuis peu par les allemands Volker Zacharias et Axel Ermes. Après un premier EP en 1985 intitulé 'March', le groupe sort 'Grenade' en 1986, un premier album détonnant et assoie un style particulier de musique punk sous machines. THE CASSANDRA COMPLEX sortira sept albums jusqu'en 2000 et son dernier né 'Wetware', disque synthétique à placer partie les meilleurs de la formation. Après près de 20 ans de silence, le groupe refait surface se tenant sur divers scènes européennes et le back catalogue se voit réédité et remasterisé jusqu'en 2019 avec 'Grenade' et la compilation 'Hello America'. En parallèle, le travail sur un huitième album studio est en marche. On a eu envie d'en savoir un peu plus sur les vingt ans passés et surtout sur l'avenir de THE CASSANDRA COMPLEX, alors ... on a demandé. L'entretien qui suit à été accordé par Rodney Orpheus en novembre dernier (juste avant les élections américaines). 


IM / Où était passé THE CASSANDRA COMPLEX toutes ces années ? Le groupe avait disparu des radars. 

RO / Nous avons dû nous arrêter pendant plusieurs années parce que j'étais très malade et totalement incapable de chanter ou de tourner pendant ma convalescence. Nous avons tous d'autres emplois dans l'industrie musicale, ce qui nous permet de rester impliqué dans la musique de toutes façons. Après de nombreuses années de repos j'ai finalement regroupé et reformé le groupe. Voilà quelques temps que nous tournons à nouveau et les concerts effectués ont été des succès. Petit à petit nous avons recommencé à écrire et composer pour finalement débouché sur le projet d'un nouvel album. Le lockdown du Corona est finalement tombé au bon moment pour nous ...

 

IM / Concernant ce travail entamé sur un nouvel album, on a déjà pu découvrir un premier extrait intitulé 'Crown Lies Heavy On The King' qui semble viser directement Trump et sa politique. 

RO / C'est un cliché de penser que les gens s'adoucissent, deviennent plus doux ou plus conservateur avec l'âge. Pour nous, c'est même le contraire. Nous avons toujours eu une conscience politique et en vieillissant, nous sommes plus politique et plus conscients encore. Ce titre ne concerne pas seulement Trump mais tous les néofascistes incompétents qui ont tenté ces dernières années de prendre le contrôle. Boris Johnson, Bolsonaro, Viktor Orban son de ceux là. Croiser les bras en espérant que les choses aillent mieux ne sert à rien. Ces gens doivent payer pour leurs erreurs et c'est à nous de faire en sortent que les choses s'améliorent pour tous. Il faut combattre et vaincre ceux qui nous barrent la route.


IM / Dans son histoire, THE CASSANDRA COMPLEX à toujours eu une conscience politique et un rapport particulier avec les Etats-Unis.

RO /  J'ai la double nationalité, britannique et irlandaise. Je viens d'Irlande du Nord, Andy est anglais et Volker et Axel sont allemands. Nous nous sommes toujours senti européens. Lors de la sortie de nos premiers enregistrements aux Etats-Unis, nous avons proposé une compilation intitulée 'Hello America', titre extrait d'un livre d'un des mes auteurs de science-fiction préféré, J.G. Ballard. Sur la pochette de cette compilation on peut y voir le drapeau européen mais si tu regardes bien tu y vois les 12 étoiles en fond. C'est également le cas de l'illustration de 'The Crown Lies Heavy On The King' paru il y a quelques mois. Tu sais, j'ai vécu à Los Angeles pendant trois ans et j'ai adoré cet endroit. J'ai encore beaucoup d'affection pour les U.S.A même si parfois ils peuvent être stupides. 


IM / 'The Crown Lies Heavy On The King' est un titre à l'énergie punk-rock. Est-il représentatif du son de l'album à venir?

RO / A ce stade, nous avons presque achevé l'enregistrement d'une dizaine de titres. Il manque quelques parties vocales et la phase de mixage. On est vraiment satisfait du son, ça va être incroyable ! Tout ne sera pas dans la style du nouveau single, comme tu le sais, nos albums sont toujours très variés en terme de styles et de sujets et il va falloir patienter encore un peu pour se faire sa propre idée. Pour l'instant, aucune date de sortie ne peut vraiment être avancée mais ce sera pour 2021.

Facebook / Rodney Orpheus
Musique / Bandcamp
 

6.7.20

[ ENTRETIEN ]


IM  /  Comment tout a commencé pour DEATH AND VANILLA ? Votre pays, la Suède est-elle une inspiration dans votre musique ?

MARLEEN  /  Anders et moi avons commencé il y a dix ans à Malmö. Anders utilisait déjà une salle de répétition avec un autre groupe. Il a proposé qu'on fasse quelques chansons ensemble. A notre rencontre nous avons réalisé que nous étions chacun dans le monde de la musique et de l'art plus généralement. Plus tard, Magnus qui est un ami s'est joint à nous d'abord pour les sessions live. Nous étions cinq à cette époque. Nous avons fini à trois.

ANDERS  /  Quand nous avons commencé à enregistrer, nous pensions que la Suède et plus précisément Malmö n'était pas une source d'inspiration.  Culturellement, Malmö est une ville intéressante mais nous ne nous retrouvions pas dans la scène musicale de cette ville à l'époque. Pourtant, ces dernières années, la scène musicale ici a bien évolué et on peut trouver à présent de nombreux groupes de styles très divers. Il y a d'ailleurs de très bonnes choses très inspirantes actuellement à Malmö.



IM  /  Justement. Quelle est votre définition de la ville de Malmö ? N'est-elle pas simplement une des villes de Suède ou les habitants sont le plus heureux ?

ANDERS  /  Ha ha !! Je ne sais pas si ce sont les plus heureux. Tu sais, Malmö est une vieille ville ouvrière. Il y a peut être encore quelques traces d'oppression ici et une vraie fierté dans la mentalité des habitants. C'est loin d'être parfait, mais on est fiers de vivre ici.

MARLEEN  /  Oui, c'est vrai, il y a un peu de fierté chez les habitants. On est aussi plus proche du Continent que les habitants de notre Capitale Stockholm. Il y a ici un sentiment de proximité plus fort avec l'Europe. Même si l'atmosphère est bonne , je ne suis pas sûr d'associer ça à du bonheur. C'est davantage une ambiance décontractée.



IM  /  Pour revenir à DEATH AND VANILLA, on qualifie souvent le groupe de 'vintage', aimant les vieux instruments et les techniques d'enregistrements à l'ancienne. C'est la cas ?

ANDERS  /  Nous sommes des super fans de musiques et écoutons et aimons énormément de styles de musiques différentes, d'époques diverses. On ne s'est jamais senti comme un groupe rétro. Oui, nous aimons des sonorités dites 'anciennes' comme le mellotron et les synthés analogiques mais le but n'est pas d'être rétro ou vintage, nous aimons simplement le son de ces instruments. Ce qui ne nous empêche pas d'ailleurs de les mixer avec des sonorités actuelles.

MARLEEN  /  Le truc du vintage ... Je pense que que c'est juste l'amour pour certains sons, comme le dit Anders. Par exemple, je trouve que les anciens orgues combo analogiques ont une profondeur qu'on ne retrouve pas dans certaines applications récentes. Le son d'instrument est analysé avant de faire partie d'une composition. C'est peut être un peu ringard, mais je ne ferai aucun compromis sur ce sujet. Le son doit nous toucher. Nous aimerions exploiter plus de d'instruments 'vintage' mais ils sont hors de prix. Cependant, nous sommes chanceux d'avoir pu trouver quelques instruments à des prix encore abordables. Ce son 60's n'est pas un but en soi, bien au contraire, j'aime que notre musique soit aussi emprunte de modernité.



IM  /  On vous connais mieux depuis 2015 et votre signature sur le label Fire records. Je suppose que signer sur un label anglais vous a aidé dans votre développement ?

ANDERS  /  Nous avons signé avec Fire Records en 2014 et nous en sommes très heureux. Nous venons d'ailleurs de prolonger notre contrat avec eux, donc oui, tout va bien.

MARLEEN  /  Les gens de Fire Records nous soutiennent beaucoup et il se passe de très bonnes choses. Nous avons toujours été soutenu par les personnes avec lesquelles nous avons travaillé. J'en suis très reconnaissante. De belles aventures.



IM  /  DEATH AND VANILLA semble prendre des respirations entre deux albums. En 2013, 'Vampyr' pour le film de Carl Theodor et avant votre dernier album, la bande originale imaginaire du film 'Le Locataire' de Polanski. C'est un besoin dans votre processus de création ?

MARLEEN  /  Les deux bande-son sont arrivées par hasard. Question d'opportunités. Bien sûr lorsque la proposition de travailler sur 'Vampyr' nous a été faite, nous n'avons pas hésité une seconde. Ca devait arriver. Je suis vraiment contente qu'on nous ai demandé de faire ça et j'espère qu'il y aura une troisième bande originale dans le future. Le processus est à la base le même pour nos morceaux plus pop.

ANDERS  /  C'est très amusant de composer des scores en direct. Ca a été pour nous un processus important dans notre développement. Nous n'avons jamais voulu être seulement un groupe pop. Nous voulons pouvoir faire des choses différentes.



IM  /  Concernant 'Are You Dreamer?' votre dernier album, on a l'impression que vous pousser la facette pop plus loin avec des titres plus longs et plus rythmés. C'est à mon avis votre travail le plus abouti.

ANDERS  /  Merci !  Rien n'est vraiment planifié dans nos albums. Nous allons où la musique nous mène. C'est au moment de terminer l'album que nous avons ressenti en effet un aspect plus pop dans les compositions.

MARLEEN  /  Anders a raison. On ne sait pas à quoi va ressembler un disque avant de le finir. Il y avait peut être une volonté d'accentuer le côté pop des chansons même si il est impossible de garder le contrôle sur ce genre de choses. Le disque est pour moins un peu plus dark que ce à quoi je m'attendais. Dans les textes il est plus interrogatif que jamais, d'où ce titre qui reste une question importante pour nous. 'Are You Dreamer?'



IM  /  Y a t'il des artistes avec lesquels DEATH AND VANILLA aimerait travailler ?Morricone, Eno peut-être ?

ANDERS  /  Pas vraiment. Bien entendu si un artiste que je sens pertinent entrait en contact avec moi je serait prêt à collaborer. Mais en fait, je ne pense pas à ça. Morricone et Eno sont pour moi des super héros  mais je ne rêve pas malgré tout de travailler avec eux.

MARLEEN  / Moi par contre, je rêve de travailler avec mes héros tous le temps ! Mais j'aurais peur de me rater. C'est sûr, je flipperais si une opportunité se présentait.  surtout si c'est Morricone ou Eno. Mais je la jouerais cool comme si de rien n'était... ah ah .... Non, plus sérieusement, nous aimerions faire des collaborations maintenant. C'est un sujet que nous avons abordé, mais plus avec des gens proches, des amis artistes.  Cependant, si je devais choisir des collaborations de rêve, je me tournerais vers le cinéma. C'est un vieux rêve de faire la musique d'un film de Lynch . Son monde cinématographique a eu une grande influence sur moi.



IM  /  On est d'accord que si DEATH AND VANILLA poursuit ce même processus créatif, on peut attendre une nouvelle bande originale en 2021 et un nouvel album en 2023 !?

ANDERS  /  Ha ha !! Nous sommes en fait actuellement au coeur du processus de notre prochain album. Nous espèrons pouvoir le terminer assez vite. Le fait qu'il se passe autant de temps entre deux albums est involontaire mais en 2017 j'ai eu une profonde dépression, ce qui a tout mis en suspend. j'ai mis du temps à sortir du trou ....

MARLEEN  /  Et bien !! Faisons l'inverse ! Un nouvel album en 2021 et une bande originale en 2023. Nous avons un accord et il y a définitivement un nouvel album sur les rails.



IM  /  En France on vous connait encore assez peu. Je suis sûr que beaucoup de français ne demandent qu'à vous aimer. Un message à leur laisser ?

ANDERS  /  Nous avons jouer en France il me semble quatre fois et ça s'est toujours très bien passé avec le public français. Nous aimons la France et voulons revenir le plus tôt possible.

MARLEEN  /  J'adore la France, l'ambiance et la culture française. J'espère que nous pourrons revenir très vite, dès qu'il sera possible de voyager à nouveau. Les temps sont étranges. Souhaitons que les choses aillent vers le mieux et non le pire. Prenez soin les uns des autres et restez en sécurité.



[ Entretien réalisé en mai 2020 ]




22.5.19

[ ENTRETIEN ]

Seconde et dernière partie de l'entretien relatif à la sortie du second album de NOVEMBER que Simon Jones nous a accordé en avril dernier. On y évoque NOVEMBER bien entendu, mais aussi le processus d'écriture, And Also The Tress et The Cure mais aussi l'avenir. Bonne lecture et merci encore à Simon Jones pour sa gentillesse et sa disponibilité. 




I.M  /  Revenons à NOVEMBER. Penses-tu que l'on puisse qualifier votre musique d'expérimentale ou de contemporaine dans le sens classique du terme ?

S.J.  /  Décrire notre musique est toujours un problème, c’est difficile pour The Young God’s et difficile pour And Also The Trees, mais plus encore pour NOVEMBER, car elle comporte des éléments d’électronique, expérimental, ambiant, rock, pop, gothique, industriel, blues, spoken word… et pourtant ça n'est rien de tout ça. Voilà ce qui arrive quand associe nos musiques à Bernard moi – nous n’essayons pas d’en faire autre chose que ce qu’elle est.



I.M  /  Tu sembles être une personne qui aime l'écriture et les beaux textes. Quel est ton rapport à l'écriture. N'as tu jamais envisagé d'écrire un roman ou une nouvelle ?

S.J.  /  Non, Il me faudrait probablement environ 300 ans pour écrire un livre.



I.M  /  En ce qui concerne And Also The Trees, je viens de réaliser que le groupe va fêter ses 40 ans cette année. Il me semble que tout a commencer en 1979 en plein mouvement punk. Quand tu vois le parcours effectué avec AATT, n'as tu pas le vetige ?

S.J. Nous considérons toujours notre naissance comme notre premier concert qui a eu lieu en janvier 1980, alors nous allons attendre jusque-là avant de décider si nous allons célébrer ou non. Je suis tout à fait d’accord pour célébrer, mais personnellement, je préfère célébrer des réalisations comme finir un album ou un bon concert ou la chute d’un régime politique désagréable. Des anniversaires comme celui-ci sont un peu ennuyeux… bien que nous ayons dit que nous allons probablement essayer de marquer le coup en réalisant tout ce que nous avons fait sur cassette ou ce genre de choses – voilà ce qui peut me donner le vertige.



I.M  /  Simon, je sais que And Also The Trees dans son histoire à toujours été proche de The Cure, vous avez encore récemment jouer à leurs côtés. Que penses-tu de l'annonce d'un nouvel album de The Cure après dix ans d'absence discographique ?

S.J.  /  Que du bien… Robert Smith est un homme extrêmement talentueux et s’il a été poussé dans sa créativité, le résultat ne peut être que bon. 



I.M  /  Simon, y a-t'il encore des souhaits ou des rêves que tu aimerais réaliser ?

S.J.  /  J’aimerais jouer live avec NOVEMBER, n’importe où dans le monde. Je veux continuer à me sentir obligé d’écrire des paroles pour de la musique qui me touche, j’aimerais jouer en Russie et faire une tournée au Japon, il y a beaucoup d’endroits que j’aimerais visiter, j’aimerais rassembler mes affaires et compiler un livre de mes photographies – beaucoup de choses.



I.M  /  Du côté de And Also The Trees, quels sont les projets. Y aura-t'il un nouvel album en 2020?

S.J  /  Nous sommes au cœur de notre 14ème album et espérons le terminer pour l’année prochaine, nous sommes également persuadés de rééditer notre premier album avec un disque supplémentaire comprenant d’autres enregistrements de cette période et nous allons jouer quelques concerts cette année aussi – peut-être essayerons-nous de présenter de nouvelles chansons.



I.M  /  Merci Simon. Le mot de la fin ?

S.J  /  N'oubliez pas d'acheter des disques quand vous les pouvez. Dans bien des cas, c'est une façon de permettre aux artiste de poursuivre et de faire un autre album. Merci.




ENTRETIEN : Olivier LEONELLI




7.5.19

[ ENTRETIEN ]

Première partie d'un entretien passionnant réalisé avec Simon Jones (And Also The Trees), relatif à la sortie du second album de NOVEMBER paru en mars dernier (chroniqué ici). Simon y évoque la genèse du projet et comment la composition entre Bernard Trontin (The Young Gods) et Simon Jones s'est finalement naturellement mise en place.



I.M.  /  Simon, comment et où a eu lieu la rencontre Simon Jones, Bernanrd Trontin? L'idée de travailler ensemble a t'elle été immédiate?

S.J.  /  Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans un café à Genève où nous vivons tous les deux, un après-midi de novembre 2003. Bernard avait expliqué un projet qu’il avait en tête au propriétaire d’un magasin de disques non loin de là; il voulait faire un album avec des chanteurs invités pour des morceaux de musique qu’il avait accumulés et qui n’avaient pas été utilisés pour des films ou des projets de The Young Gods, et l’un des chanteurs qu’il voulait interroger était le chanteur de And also the trees. Donc le vendeur de disques a dit qu'étrangement, j’avais été dans le magasin quelques jours auparavant et que je vivais maintenant à Genève. C’était donc toute une coïncidence. De cette façon, il a organisé notre rencontre et ça a été le début de tout.



I.M.  /  Quand vous avez commencé à travailler ensemble Bernard et toi, Saviez-vous déjà où vous vouliez aller ? 

S.J.  /   Non, nous n’avions aucune idée de ce qui allait se passer. Bernard ne s’attendait vraiment qu’à ce que je sois impliqué dans une seule chanson, mais il m’a donné quelques morceaux de musique et j’ai eu le début des idées pour tous – ce qui est rare pour moi car je ne suis pas du tout prolifique. C’était en fait la première fois que je travaillais avec la musique de quelqu’un d’autre que celle de Justin et de 'The Trees', mais il était clair que mon approche vocale et ma gamme convenaient à la musique de Bernard, alors nous avons décidé de faire tout l’album ensemble.



I.M.  /  Le premier album de NOVEMBER paru en 2006 chez Shayo records a dû déstabiliser certains fans de AATT car sa teneur est bien différente de ce que tu avais fais jusque là? Tu as eu des retours des auditeurs de AATT à cette époque? Pensez-vous éditer ce premier album au format vinyle un jour?

S.J  /  Il serait plus intéressant de dire que beaucoup de gens étaient scandalisés et ont détesté cet album, mais la réaction a été très positive. D’après mon expérience, les gens qui aiment AATT ont un large goût musical. Oui, ce serait bien d’avoir une édition vinyle du premier novembre et j’espère que ça arrivera un jour.



I.M  /  Entre le premier album et '2nd', il s'est écoulé 13 ans. Tu as été très occupé avec AATT et Bernard avec TYG. Cependant, ce deuxième disque de NOVEMBER n'aurait-il pas pu paraître un peu plus tôt? Je crois savoir que '2nd' est en travaix depuis plusieurs années. Cette longue gestation est-elle nécessaire?

S.J. Ce n’était pas nécessaire non. Nous ne nous précipitons pas pour faire preuve de créativité, mais ce n’est pas ce qui a pris DU temps… c’est un peu long et je crains une histoire inintéressante impliquant notre maison de disques, Shayo Records, qui se termine. Il faut trouver l’argent pour enregistrer l’album et trouver une maison de disques prête à sortir un album difficile à catégoriser. Ajoutez à cela le fait que ni Bernard ni moi ne sommes doués du tout dans l'aspect beaurocratique, organisationnel ou commercial de la gestion d’un groupe et vous pouvez commencer à comprendre pourquoi cela a pris si longtemps. Nous avons été surpris de voir à quel point il était difficile pour les maisons de disques d’écouter les enregistrements. En fait, la plupart des compagnies, dont la plupart étaient des labels indépendants, ne voulaient même pas entendre l’album. Nous n’avons pas été offensés, juste un peu surpris. (En fait, si, nous sommes profondément offensés et avons parfois de longues conversations téléphoniques pour discuter de différentes façons de torturer ces bâtards quand nous les traquons).



I.M.  /  Ok ... Simon,  si je te dis que la musique de NOVEMBER est comme un voyage intérieur, à la fois mélancolique et poétique. Ca t'évoque quoi?

S.J.  /  J'espère juste que c'est un bon voyage et pas trop mélancolique. Un voyage intense avec je le souhaite des endroits intéressants à découvrir. C'est sûr que ce n'est pas de la musique festive.



I.M.  / En évoquant la poésire d'ailleurs. Tes textes semblent être un mélange de souvenirs, de rêveries et de poésie. Y a t'il un part d'autobiographie dans les paroles de NOVEMBER?

S.J.  /  Non, ce n’est pas autobiographique, mais c’est comme si j’avais vécu dans ces chansons et que les expériences que j’ai vécues en m’immergeant dans celles-ci sont aussi fortes que les souvenirs – dans bien des cas plus fortes que la musique les maintient en vie et en évolution.



I.M.  /  Envisagez-vous de monter sur scène pour quelques dates?

S.J.  /  Nous espérons vraiment être en mesure de jouer l'album '2nd' de  NOVEMBER sur scène, oui – nous avons deux autres musiciens avec qui nous allons travailler pour réorganiser les pièces afin de pouvoir les jouer en direct – sans dépendre de la technologie informatique, nous l’espérons – afin que les chansons aient une dynamique différente. Bien sûr, la difficulté sera de trouver le temps pour cela, car nous sommes dans nos groupes respectifs et travaillon  presque constamment à une chose ou à une autre.



à suivre ...
ENTRETIEN : Olivier LEONELLI




14.11.17

[ ENTRETIEN ]

TRISOMIE 21  /  Elegance Never Dies  / P.2

Une fois le divorce prononcé avec leur label, il faudra sept années avant de retrouver TRISOMIE 21 avec un nouvel album studio. De nouveau sur les rails, le groupe n'aura de cesse de se renouveler et de proposer de nouveaux titres inspirés dans ce style unique qui est le leur. Voici la seconde partie de l'entretien accordé début novembre par Philippe Lomprez où il est question de ce retour en 2004 mais plus encore de ce nouvel album miraculeux 'Elegance Never Dies', 11ème disque studio paru en début de mois. Le groupe est en tournée jusque tard l'année prochaine en France, en Europe et ailleurs.





FREUND : On vous retrouve en 2004 avec l'excellent 'Happy Mystery Child' et quatre ans plus tard avec 'Black Label', deux disques résolument rock qui prouvent que la source est loin d'être tarie. Pourtant en 2010 après la tournée, TRISOMIE 21 annonce vouloir en rester là ! Vous ne vouliez plus tourner ou vous pensiez que pour le groupe tout était dit ?

PHILIPPE LOMPREZ : Très sincèrement, nous n'imaginions pas nous produire sur scène jusqu'à un âge avancé. Nous voulons gérer notre fin comme nous avons géré notre carrière. Librement et consciemment. Après 'Happy Mystery Child' et 'Black Label', nous avions tout donné, comme à chaque fois, mais c'est plus difficile de se renouveler quand votre carrière est longue. L'idée de lasser le public nous est insupportable et le vivre sur scène doit être un enfer. En 2010, la tournée se terminait par hasard là où nous l'avions commencé, à Bruxelles. Nous nous sommes dit, arrêter là à du sens. Nous pensions peut être continuer à enregistrer mais la scène s'était fini. Seulement voilà ! La vie est un tourbillon et quand le train passe, il faut savoir monter dedans. Finalement ce sont les circonstances et le public qui montrent le chemin. Certaines personnes nous raillerons sans doute un peu mais nous ne leur en voudrons pas. Tout le monde n'est pas en mesure de comprendre. 



F : Très bien ... Parlons de ce nouvel album. 'Elegance Never Dies' est un petit miracle qui nous ravi. Quelles ont été les impulsions pour ce retour en studio et plus encore sur les routes ?

P.L. : Un ami proche, Martin Toulemonde, nous a donné envie de recomposer à nouveau courant 2016. Il a créé une synergie. Nous avons commencé à travailler et très vite nous avons senti que nous n'avions pas tout dit. L'envie ne suffit pas toujours, mais là un monde s'ouvrait. Si ne nous pensions pas avoir fait un bon album, il n'y aurait pas eu de tournée. Notre histoire ne se termine pas maintenant. Ensuite un autre ami de longue date, Olivier Lechevestrier a rejoint le projet et c'était important pour nous. Les concerts pour nous ce sont des rencontres avec les gens qui constituent notre public. Certains nous écoutent depuis longtemps. Nous nous devions d'aller au devant d'eux, même si notre passion c'est la création, le studio. Pour le live il nous fallait de plus trouver un musicien supplémentaire à la guitare et à la basse. Quelqu'un qui nous apprécie artistiquement et avec lequel on se sente en confiance. Gregg Anthe correspond exactement à ce dont nous avions besoin. Avec lui tout est fluide, presque naturel. C'est un créateur et un musicien. Le son est très important pour lui et il l'a démontré dans ses projets perso comme Morthem Vlad Art et In Broken English. Il avait fait un remix que nous avions beaucoup apprécié pour notre album 'Man Is A Mix'. C'est un mec vraiment bien que ce soit sur et en dehors de la scène. Un plus pour une tournée. 



F : Des titres comme 'Something Else' - 'During All These Years' ou 'Rebirth' sont-ils liés au vécu de ces dernières années ?

P.L. : Sans aucun doute. La meilleure source d'inspiration c'est notre capacité à regarder, à digérer ce qui nous entoure, ce que l'on vit. Nous cherchons à nous imprégner du monde. Nous passons quelquefois des années avant de trouver et de renaître. 



F : Même si en dehors de la basse et de la guitare, vous n'utilisez pas à proprement parlé d'instruments traditionnels, 'Elegance Never Dies' sonne malgré tout très organique. Vous l'avez enregistré en pensant à la tournée qui allait suivre ?

P.L. : Ton analyse est bonne. 'Elegance Never Dies' est organique. Nous voulions donner vie à nos idées et à nos compositions. Surtout ne pas sonner synthétique. Hervé utilise des machines, mais c'est lui qui leur donne vie. Elles ne nous dictent rien. Cette orientation, ce cadre était le parti pris du départ. Nous ne savions pas encore qu'il y aurait des concerts. 



F : On a vu aussi ces derniers temps que vous sembliez travailler sur d'anciens albums. Des envies de rééditions ?

P.L. : Effectivement, nous avons travaillé sur des rééditions, notamment un projet nommé 'Originally' (à l'origine). Un coffret CD incluant les 4 premiers LP remasterisés en versions originales. De plus, le label américain Dark Entries va sortir quand à lui un coffret vinyles de ces quatre premiers opus.



F : 'Over The Noisy Keys' est un des titres les plus marquant du nouvel album. Il s'y dégage force, mélancolie et majesté. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce titre ?

P.L. : Nous n'aimons pas parler d'un titre en particulier. C'est trop tôt. Nous préférons que le public le découvre, vierge de tout à priori. Chaque titre de 'Elegance Never Dies' a été enregistré et mixé comme s'il s'agissait d'un diamant qu'il fallait ciseler. Ce que je peux dire toute fois c'est qu'il est le premier titre composé pour cet album et que la basse est jouée par notre premier bassiste historique, Pascal Tison ('Le Repos Des Enfants Heureux').



F : On sait que la tournée entamée à l'automne est mondiale et devrait se prolonger jusque tard en 2018. Est-ce important pour vous de partager votre musique avec le maximum? Certains se demandent sur le sud de la France sera visité ?

P.L. : Dès le départ, notre volonté était d'être entendu par le plus grand nombre de gens. Les concerts c'est une alchimie. Si le public et l'artiste se trouvent alors c'est géant, plus qu'un partage, c'est une communion qui nous permet de nous charger de positif. Montpellier, Toulouse, Bordeaux seront visitées, d'autres peut être ...



F : Enfin, le bonheur de vous retrouver fait aussi planer la peur de vous perdre à nouveau. Peut-on espérer une suite pour TRISOMIE 21 ?  Y aura t'il une suite ?

P.L. : Certains nous enterrent régulièrement, aidé en cela par le fait que nous avons quelquefois besoin de nous retirer, mais quand le noir se fait et semble nous recouvrir pour toujours .... nous renaissons. Merci.





Propos recueillis par Freund
Merci à Philippe Lomprez
Novembre 2017

10.11.17

[ ENTRETIEN ]

TRISOMIE 21 / Elegance Never Die / P.1

Plus qu'un groupe, TRISOMIE 21 est une légende, initiateurs et créateurs hors pair, les frères Lomprez depuis plus de trente ans innovent et développent leur univers guidé par l'envie et le talent. Alors qu'on pensait le projet en long sommeil ,voilà que TRISOMIE 21 revient par la grande porte avec un nouvel album et une tournée miraculeuse qui va emmener le groupe à travers le monde jusque tard en 2018. Quelle bonheur d'avoir décroché cet entretien tout début novembre. Alors que les premiers signes d'endormissement de la nature se font sentir, TRISOMIE 21 est en phase de réveil, avec le plus beau des cadeaux, 'Elegance Never Die', 11ème album studio passionnant qui sort aujourd'hui même.




FREUND : Au début des années 80, comment en êtes vous venu à choisir ce nom de groupe ?

PHILIPPE LOMPREZ : Le choix du nom pose la question de la norme. Le monde qui était devant nos yeux fin 70, début 80 s'écroulait. Notre région de naissance (Denain 59220) était plongée dans la chaos, un chaos économique et social, mais aussi culturel. La culture de cette région à force d'être à reconstruire du fait de son histoire, repose sur des concepts 'travail et progrès', hors il n'y a plus de travail, le chômage, la misère intellectuelle, la régression remplacent le monde vertueux. Tous les espoirs s'effondrent dans les ténèbres poisseuses. TRISOMIE 21, c'est le choix de l'anormalité, puisque la norme c'est ce monde chaotique dans lequel l'humain n'a plus son mot à dire.



F : Dès la première sortie du groupe en 1983, 'Le Repos Des Enfants Heureux', le succès média et publique est immédiat mais plus encore au niveau international que National. Comment analyser la dimension internationale de TRISOMIE 21 ?

P.L. : Plusieurs raisons à cela : Notre proximité géographique et la similitude sociale et économique avec une partie de la Belgique, voir de l'Angleterre et de l'Allemagne. Notre volonté d'être 'international', plus 'Nord Européen' que Français (choix de l'anglais dans les textes), combiné en France avec le retard, le nombrilisme de l'ensemble du système culturel, presse incluse, avec en plus un syndrome d'illégitimité, voir d'infériorité par rapport à la musique rock 'forcément' anglo-saxonne. 



F : En 1988, je découvre la musique de TRISOMIE 21 via l'album 'Works', disque qui raisonne comme un écho de vie. S'y entrechoquent, mélancolie, rébellion, envies et espoirs. Aviez-vous conscience de l'impact et de la portée de votre musique ?

P.L. : Vous avez raison, dans la musique de TRISOMIE 21, voisine rébellion, mélancolie, tristesse et colère. Calme et tempête. Avec l'album 'Million Lights' on brise les chaines. Tous les groupes de l'époque mettent la basse en avant. Cette basse devient un code musical. Nous on la supprime. Avec 'Works', on prend notre liberté, notre destin en main. Artistiquement, on s'affranchit. TRISOMIE 21 est un groupe qui réfléchie sur ce qu'il va faire, comme un jeu, on remet en cause toujours tout. Le confort n'est pas créatif, nous le disions déjà dès les premières interviews. Avec 'Works', je crois que le public prend conscience que nous n'obéissons à rien.



F : Philippe, la voix est un élément essentiel de l'identité TRISOMIE 21. N'as tu jamais eu l'envie de sortir de ta zone de confort et de chanter sur d'autres projets ?

P.L. : La voix est un élément essentiel, mais au même titre que la musique. C'est une alchimie entre ce que compose Hervé (Lomprez) et la personnalité de la voix qui est travaillée comme un instrument. Je ne me suis jamais considéré comme chanteur, mais je suis le chanteur de TRISOMIE 21 et je ne ressens pas au moment ou je te réponds, l'envie d'autres projets.



F : 'La Fête Triste' est aujourd'hui culte, au même titre que 'Djakarta' sonne comme un hymne. Vous souvenez-vous du moment et des circonstances durant lesquels ces titres ont été composés ?

P.L. : Ces titres répondaient à notre volonté de faire des instrumentaux. La voix n'est pas forcément nécessaire. Elle doit pouvoir s'effacer pour laisser la place. 'La Fête Triste', c'est une idée d'Hervé. Lors des réunions de travail, nous visualisions un manège de chevaux de bois qui montent et descendent ; une petite métaphore de la vie finalement, avec ses hauts et ses bas. La vie est un manège, une fête qui parfois traine un spleen. L'idée de 'Djakarta' nous est venue suite au visionnage du film 'L'Année de Tous les Dangers' de Peter Weir qui nous avait touché. 



F : En 1989, sort 'Plays The Picture', excellent album quasi instrumental. Aviez-vous dans l'idée à cette époque de diriger TRISOMIE 21 vers d'avantages de compositions sans voix ?

P. L. : En 1989, cet album est au départ un projet, une commande de studio de cinéma. D'où le titre. Cela devait être une sorte de banque de sons, une sorte de 'prêt à porter' musical. A l'écoute, des images devaient jaillir dans la tête de l'auditeur. Notre intérêt pour la dialogue entre image et musique pouvait se matérialiser. 



F : 'Gohohako' qui sort en 1997, marque la rupture avec votre label d'origine, Pias, qui semble ne plus vraiment vous soutenir. La fin de cette longue collaboration aurait-elle pu mettre un terme au projet TRISOMIE 21 ? 


P.L. : 'Gohohako' clos notre contrat en terme de nombre d'album pour Pias. Ceux-ci ne comprennent pas notre démarche artistique. Je pense avec le recul que notre côté 'électron libre' nuisait à leur catalogue. Ces problèmes contractuels nous ont contraint au silence qui aurait pu s'éterniser. 


[ à suivre ... ]





4.7.16

[ ENTRETIEN ]

Dans cette troisième et dernière partie de l'entretien accordé par Usher et Chelsea lors de la sortie du nouvel album de NORMA LOY, le duo aborde les doutes et désillusions, la reformation  et 'Baphomet' le nouvel et huitième album de groupe. Merci à eux pour leur franchise et leur bienveillance.



[ NORMA LOY ]

Entretien Exclusif - Partie 3




FREUND : Après l'album 'Attitudes', l'affaire NORMA LOY était-elle classée ? Pensiez-vous avoir fait le tour de la question ? Cette pause de dix-huit ans entre 'Attitudes' et 'Un/Real' était-elle nécessaire ?

USHER : En partie oui, pour moi l'affaire était classée, causée en grand partie par ce fossé entre nos espoirs et la réalité de la réception de l'album qui, de toutes manières, a été complètement saccagé par la maison de disque de l'époque, Declic. Nous mêmes n'avons pas été avertis lors de sa sortie. En réalité personne ne l'était, c'est par hasard que je suis passé à la Fnac et suis tombé sur un exemplaire. Il n'y eu aucune promo, aucun suivi. Un enterrement de première classe.
Après cela nous avons fait une longue pause mais, en 1999 nous avons enregistré au studio du Val d'Orge, plusieurs labélisés 'Usher/Chelsea avec Patrice Ferrasse (guitariste) et un bassiste. Le groupe s'appelait Peep Hole, mais on retrouvera des traces des titres enregistrés sur l'album 'Message From The Dead' sorti chez Vinyl On Demand en 2009. J'ai ensuite créé l'entité Die Puppe puis l'envie de réanimé NORMA LOY a mené à Un/Real.

CHELSEA : Ce sont des années où je me suis presque entièrement consacré à la photographie et à l'organisation de soirées Art/Fetish/Eros. C'est d'ailleurs au sein de l'organisation Alien Nation que nous avons recommencé à collaborer pour des spectacles donnés entre autre en Allemagne ou en Angleterre avec la participation de Kiki Picasso et des autres membres de l'association.



F : Quand NORMA LOY réapparait en 2009 justement avec 'Un/Real', beaucoup de choses ont changé, la société n'est plus la même et vous-même avez sans doute changé. Qu'avez-vous envie de véhiculer avec cet album à ce moment là ?

U : En fait, nous avons reformé NORMA LOY en 2006 pour jouer au Dark Omen, avec Guillaume, Yann, Lol et Hélène qui est la danseuse de butoh qui nous accompagne encore aujourd'hui. La société avait également changé mais nous aussi, nos vie avaient évolué.
Après le concert du Dark Omen, où n'existait qu'un seule chanson nouvelle 'Bleeding Death Angel', nous avons entamé le processus de composition, Chelsea et moi, d'abord chez moi. Nous avions envie d'intercaler des intermèdes "cinématographiques" ou "ambient" entre les chansons, explorer des univers différents, et ensuite est venu jouer sur la moitié de l'album Scavone H, Guillaume et Mika Chrome.



F : Le son de 'Un/Real' est plus frontal, plus rock, plus électro également et pourtant on reconnait votre identité dès les premières notes. Il existe un son NORMA LOY indissociable des personnalités de Chelsea et Usher ?

U & C : NORMA LOY est indissociable de Chelsea et Usher et lorsqu'on écoute un titre de NORMA LOY, même s'il est calme,brutal ou éléctronique ou d'inspiration cold wave, ou juste constitué d'un piano et d'une voix, on reconnait tout de suite que c'est du NORMA LOY. Mais oui, certains titres de 'Un/Real' sont les plus rock que nous ayons enregistré. Ils ne sont toutefois pas si nombreux.



F : 'Baphomet' est le titre de votre nouvel album qui est sorti en juin dernier. Doit-on s'attendre à une plongée dans les croyances des chevaliers de l'ordre du temple et cette effrayante créature à tête de bouc ?

C : Ce disque se situe dans la continuité des albums précédents avec des thématiques communes et constitutives de notre identité : l'illusion du réel, le contrôle des consciences, les territoires psychiques et magik, la voie du rêve, un certain questionnement existentialiste, les relations entre plaisirs et souffrance, la revolte ...
'Baphomet Sunrise' qui ouvre et donne son nom à l'album se situe en miroir avec 'Kundali Rising' sa parèdre, qui vient clore le disque. C'est vrai qu'il donne une certaine couleur globale à l'album qui se construit de fait sur des notions d'affinité, d'opposition et de complémentarité (yin/yang). Il est question d'alchimie sur ces deux titres, et c'est cette acceptation du Baphomet qui nous intéresse, et non pas l'imagerie sataniste avec laquelle nous sommes en opposition. Le Baphomet en soleil levant est une représentation ésotérique hermétique (Là haut, comme ici-bas) qui exprime la nécessité (intérieure) d'unir les forces opposées afin d'atteindre l'unité, l'illumination, qui sauvera ce monde de la perte. L'interne s'appliquera à l'externe. L'animalité et le spirituel doivent s'unir dans l'harmonie : c'est le sens de la représentation la plus connue de Baphomet donnée par le dessin effectué par Eliphas Lévi dans son ouvrage "Dogmes et rituels de haute Magie" la tête de bouc renvoie à l'animalité, mais il porte une flamme au dessus de lui qui est celle de l'illumination (un chakra ouvert). Son corps hermaphrodite concentre les principes féminins et masculine et sa gestuelle très particulière (qui est celle de l'hermétisme) désigne la terre et le ciel. C'est un symbole du nécessaire équilibre qui doit résoudre un conflit : le monde ancien, celui dans lequel nous vivons est profondément malade, il doit être détruit et se reconstruire sous peine de catastrophe irrémédiable. Nous invoquons donc le Magik qui est l'art de déplacer les fréquences de perception, pour ce faire nous pouvons utiliser certaines formes de rêve, des sons, des vibrations ... (cf 'Un/Real).



F : Pouvez-vous nous donner quelques indices sur ce qui nous attend avec 'Baphomet' ? NORMA LOY repart en tournée avec ce huitième album ?

U : Nous tentons en effet de mettre sur pied une formule qui nous permette de partie en tournée pour promouvoir 'Baphomet', et sans doute au delà des frontières hexagonales. Pour savoir ce qui vous attend avec 'Baphomet', il suffit de se procurer l'objet.



propos recueillis par Freund (juin 2016)

28.6.16

[ ENTRETIEN ]

Seconde partie de l'entretien accordé par Chelsea et Usher. On y évoque l'image et les influences de NORMA LOY , la richesse et la diversité de leur univers et la place de l'album 'Attitudes' paru en 1991, soit dix huit ans avant que le groupe revienne sous la lumière.


[ NORMA LOY ]

Entretien Exclusif - Partie 2



FREUND : Concernant l'image du groupe à travers les pochettes et les textes, il semble que NORMA LOY soit à la croisée du spirituel, de l'exotisme et du sado maso. Fausse piste ? Revendiquez-vous certains de ces aspects de vos personnalités via le projet ? Peut être est-ce aussi un moyen de réveiller les consciences ?

CHELSEA : C'est tout à fait juste. Je ne vais pas m'étendre sur la spiritualité qui demanderait un développement qui outrepasserait le cadre de cette interview, je tiens juste à rappeler que pour moi la spiritualité est antagoniste avec l'idée de structure religieuse (un des instruments du contrôle). La spiritualité est une affaire.personnelle dont on peut débattre avec l'autre, qui serait part d'une Emanation Contingente (le ONE).

L'exotisme... c'est un terme qui me paraît inadéquat (et un peu réducteur) qui évoque une série de cliché typés 'agence de voyage'. Nous adorons nous plonger dans d'autres cultures, l'Asie y tient une place importante, ne serait-ce que par le biais de l'emploi de Buto (une danse d'origine japonaise) lors de nos représentations. Nous n'écoutons pas que du rock (ou apparentés), mais toutes sortes de musiques de différentes traditions et toutes ces influences se font certainement sentir d'une façon ou d'une autre.

Le SM est un sujet sur lequel je me suis très largement penché. Je considère qu'il offre une métaphore très crédible de notre société. Plus largement la dimension érotique est très présente dans nos productions. En ce qui me concerne c'est même une part dominante (n'est-ce pas?) de mon travail graphique ou photographique.



F : Si je vous dis qu'on vous a parfois comparé au duo français Die Form et pas certains aspects à la formation irlandaise Virgin Prunes, ça vous inspire quoi ?

USHER : J'ai à un moment fréquenté Philippe Fichot et son travail avait sans doute certains liens avec le nôtre, des références communes (Bellmer, Bataille, Michaux), un attrait pour la photographie érotique, pour les groupes tels que TG et la musique industrielle. Toutefois notre musique n'a pas grand chose à voir avec celle de Die Form, nous sommes davantage des héritiers du punk, du psychédélisme mais aussi de la première vague industrielle à laquelle nous avons participé, c'est vrai.
Quand aux Virgin Prunes, à part quelques titres (pas forcément enregistrés), nous ne sommes guère aventurés vers le 'théatre musical' qui les caractérise.



F : Dans l'univers sonore de NORMA LOY, on passe souvent de la furie à la plénitude. C'est un peu ça votre vision de qui nous sommes et d'où nous venons ? Nous sommes tantôt douceur ou violence, obscurité ou lumière ?

U : Souvent nos chansons décrivent des moments passionnels ou paranoïdes, des sentiments océaniques ou des ressentis de colère ou d'horreur. Au moment de 'Sacrifice', les titres souvent évoquaient cela.
Pour 'Baphomet' nous parlons d'un au delà du ressenti ou de la pulsion, d'un mystère propre au rêve, mais aussi nous abordons le mouvement politique du monde, les lignes de fracture et les drames absurdes qui signent la folie des hommes. Nous observons la fin d'une époque et l'avènement de dieux obscurs. 'Apocalypse', 'Altamont', '13 Novembre', parlent de cela. Et puis, il y a des titres plus intérieurs où se sont invités nos souvenirs - ces moments intimes qui nous constituent en tant qu'Usher & Chelsea - ('Je me Rappelle), et des fragments d'histoires amoureuses ('Les Fleurs', 'Love And Fears', 'Heroin') passés au filtre de la subjectivité et des associations d'idées. 
Sur 'Baphomet', nous sommes véritablement parvenus à obtenir le son auquel nous aspirions depuis longtemps, en puissance, profondeur et clarté. Nous avons travaillé longtemps sur les titres, nous avons peaufiné les voix, les arrangements. Le mixage et le mastering avec Paul Fiction nous a permis de contrôler tout le processus, comme jamais auparavant.

C : C'est le principe du Yin/Yang. Il est très présent sur ce dernier album.



F : 'Attitudes' en 1991 marque un tournant dans votre musique. C'est un album plus accessible, voir pop. Etait-ce une volonté de votre part ou un un processus naturelle pour le groupe à ce moment là ?

U : Ce fut une volonté de notre part, un retour vers le psychédélisme, et un processus naturel car notre créativité à toujours suivi plusieurs voies distinctes. Au fond, le côté 'pop' était déjà présent dans 'Shiny Dream' ou 'Dance Of Darkness' et 'P Body' par exemple. Ce fut également un album lors duquel Chelsea et moi nous sommes retrouvés après l'enregistrement difficile de 'Rebirth'. Nous avons pris plaisir à créer, à composer et enregistrer les titres que nous avons mixés seuls. 'Attitudes' est un album très accompli dont nous sommes très fiers, et notre déception a été à la hauteur des espérances que nous avions nourries à son égard. 
D'autre part, on oublie souvent qu''Attitudes' n'était pas qu'un album 'pop' puisqu'on y trouve de l'electro industriel dans 'Willpower', 'Ghost Rider', le punk indus 'Psychic Altercation' ou la procession mystique 'Big Night'. Et les thèmes évoqués dans les chansons sont les mêmes que ceux des albums précédents.



.... / ....

21.6.16

[ ENTRETIEN ]

Depuis 2009 et l'album 'Un/Real', on espérait sans trop y croire qu'un nouvel opus de NORMA LOY soit réalité. Avec la sortie de 'Baphomet' le disque le plus compact et abouti du duo, nous voilà comblé. Depuis toutes ces années que NORMA LOY nous accompagne dans nos vie au travers de son art, tant de questions nous brûlent les lèvres. De la genèse au présent, c'est presque candide que nous nous adressons à Usher et Chelsea qui nous guident avec gentillesse et bienveillance. Dans cette première partie (qui en compte trois), nous abordons les débuts du groupe, les moments clé, le retour en 2009 et comment est perçu l'image de NORMA LOY.



[ NORMA LOY ]

Entretien Exclusif - Partie 1



FREUND : Vous vous êtes rencontré en 1977. Les premiers enregistrements datent du début des années 80 et même si l'attente a parfois été longue, vous êtes toujours revenus. Peut-on dire que NORMA LOY sera tant que Chelsea et Usher seront ?

USHER : En effet, depuis Métal Radiant puis Coït Bergman, nous avons contitué cette entité créative Usher/Chelsea, et lorsqu'ensuite nous avons fondé NORMA LOY, nous avons à nouveau structuré les morceaux du groupe ensemble, grosso modo Usher écrivant la musique et Chelsea les paroles. Mais en réalité, la direction, l'orientation sonore, l'ambiance des chansons est déterminée aussi bien par Chelsea que par moi-même, même si je compositeur et lui le chanteur.
NORMA LOY a d'abord est surtout existé en tant que groupe, et chacun des autres musiciens a apporté son style propre qui est venu enrichir l'ensemble et participer au son global. Sur ce dernier album 'Baphomet', nous sommes revenus à une structure plus intime, en réalité juste Chelsea et moi, par la grâce de la technologie, avec sur certains titres les superbes arrangements de Mika Chrome. Mais oui, NORMA LOY, c'est Usher et Chelsea reunis.

CHELSEA : Avant de faire de la musique, nous avons commencé par une pratique intense de l'écriture. Au tout début, il s'agissait de poésie dans le style beat et surréaliste, puis très vite des textes en cut-up et des productions inspirées des cadavres exquis et de l'écriture automatique mêlées à des productions graphiques. Nous avons auto-édité 4 ouvrages sous le noms de REED & SHIELD / H.PRODUCT. Le premier, 'P.Périodik' en 1978, le dernier étant 'Attitudes' sorti en 80. NORMA LOY se situe donc dans une continuité dont les sources ne sont pas uniquement musicales. 'Romance' qui figure sur le premier maxi de NORMA LOY est une réinterprétation d'un titre de notre duo voix/machines COIT BERGMANN. Nous avons chacun produit des choses de notre côté, mais c'est l'alliance de nos deux personnalités et notre grand connivence qui engendre ce "quelquechose" qui nous dépasse en propre et détermine cette identité forte qui a permis à NORMA LOY de conserver une permanence malgré les changements constants au sein de cette formation. Cela n'enlève rien aux apports de chacun des participants qui ont marqué notre son de leurs empreintes, mais il faut reconnaître et admettre que nous donnons l'impulsion première. Sur ce dernier projet, les choses sont plus claires en effet.



F : Pour en revenir à une période qu'on suppose importante pour le groupe, que pensez-vous du travail effectué par le label Infrastition concernant la réédition du catalogue NORMA LOY ? La collaboration a dû être positive puisque 'Un/Real' est sorti sur ce même label en 2009.

U : Le travail d'Infrastition a été important, permettant de rééditer la presque intégralité du catalogue NORMA LOY. Toutefois aujourd'hui je regrette que les albums ne soient plus vraiment disponibles et surtout que s'agissant de 'Un/Real', que le label à produit, sa sortie soit demeurée quasi confidentielle, car Alexandre ne disposait pas du temps ni de l'énergie nécessaires permettant une réelle promotion. 

C : Infrastition nous a remis le pied à l'étrier. Bien entendu, nous n'avons pu que constater à quel point les structures de production et de distribution musicales s'étaient dégradées par rapport au moment ou nous avons commencé. Les moyens ne sont plus les mêmes, les labels ayant pignon sur rue à l'époque (je parle ici des indépendants) ont pratiquement tous diparus, soit en étant absorbés dans un mouvement global de concentration business plan n'ayant que peu de rapport avec l'idée de création, soit en disparaissant corps et biens. Les nouvelles petites structures sont très méritantes, mais elles pratiques par obligation un positionnement de "niche' qui n'est pas très compatible avec une grande diffusion. A l'époque de 'Sacrifice' les ventes pouvaient être de l'ordre de plus de 6000 exemplaires, ce qui est totalement irréaliste aujourd'hui.



F : En revenant à 'Un/Real', l'album est paru il y a sept ans. Ces années  étaient-elles nécessaires au retour de NORMA LOY ? Vous êtes du genre à vous projeter dans le futur à la fin d'un processus ?

U : Si c'est le sens de la question, il n'était pas prévu, à la sortie de 'Un/Real' de réaliser un album 7 ans plus tard. En fait, nous avons effectué une petite tournée, le groupe était vraiment compact et dynamique avec Guillaume, Scavone H et Stéphane, cette formule aurait pu perdurer si nous avions été davantage soutenus sans doute. Mais tel n'a pas été le cas.
Ensuite, nous avons effectué une expérience avec Chelsea sous le nom de NL2 et joué à l'Usine de Genève seulement tous les deux, dans une formule proche de Suicide. C'est là qu'est né l'idée d'un album, même si à cette époque, il ne s'agissait que d'un EP.




F : Quand on réécoute la discographie de NORMA LOY, on a parfois l'impression que vous avez composé des 'hymnes'. On pense à 'T-Vision', 'Power Of Spirit' ou 'Lesbische Voodoo Teenagers'. Il y a de la revendication, un vent de révolte dans certaines de vos créations ?

C : Quand nous composons un titre, nous n'avons pas d'intention particulière ou de pré-détermination. L'idée de "nous allons produire un hymne" est dont totalement inopérante, c'est le public qui accroche plus ou moins car certains titres doivent résonner davantage dans l'inconscient collectif. D'ailleurs tout le processus de création se situe dans cette double entente qui va du particulier au général, partie d'un ressenti très intime qui va faire sens chez "l'autre" qui se l'appropriera qui lui donnera une certaine grille de lecture. C'est une affaire de conjonction entre la psyché du monde environnant à un moment T avec sa propre imprégnation.
Bien sûr qu'il y a beaucoup de révolte dans notre production, on ne peut pas être que révolté face à la désagrégation d'un monde poussé dans une course folle et privé de sens commun (j'entends par là bénéficiant à l'épanouissement du plus grand nombre). C'est le sens de la première trilogie (T-Vision/Sacrifice/Rebirth) dont la thématique centrale est le CONTROLE. Contrôle des consciences, contrôle des inégalités, contrôle du libre arbitre, contrôle de l'âme. C'est une approche paranoïaque, critique et politique qui trouve ses sources chez W.S Burroughs et les surréalistes. Notre positionnement est essentiellement humaniste. L'autre aspect de la révolte est plutôt de nature philosophique et existentialiste, je pense à Camus mais aussi  à certains textes gnostiques qui mettent en exergue l'interrogation sur la nature du mal et l'incompréhension qui en découle.
'Power Of Spirit' se veut justement une réflexion sur la dualité esprit/corps, mais il n'oppose pas ces deux concepts. L'esprit est incorruptible (immaculate), le monde est un chaos mouvant recombinatoire (maculate) mais le corps est la voie qui débouche sur l'âme si on veut bien l'investir en ce sens. 
'T-Vision' se réfère en grande partie à "Videodrome' de David Cronenberg et aux spectacles de sex-show. 
'Lesbische Voodoo Teenagers' est une sorte de pochade, à prendre au second degré comme une chanson des Cramps par exemple. Le titre provient d'une revue pornographique trouvée sur le marché de Dijon entre deux scéances de répétitions (Lesbische Teenagers), le Voodoo est arrivé plus tard pour pimenter un peu plus l'affaire !


 ... / ...